🗞️ Le Journal - L'Actu de la Filière Automobile (Semaine du 13 Février 2026)

13 février 2026


FRANCE & EUROPE : Mutations, Emploi et Stratégies

1. La saignée de l'emploi industriel automobile français L'Insee dresse un bilan très lourd : l'industrie automobile française a perdu un tiers de ses effectifs entre 2010 et 2023. L'emploi y a chuté de 425 500 à 286 800 équivalents temps-plein (ETP).

  • Les constructeurs ont réduit la voilure de 35 % (46 000 emplois détruits), privilégiant des implantations en Europe de l'Est ou au Maghreb.

  • Les équipementiers suivent la même courbe (-31,5 %), une tendance qui s'est dramatiquement accélérée depuis 2023 avec les fermetures annoncées par Michelin, Valeo, Forvia ou Bosch.

  • Les régions touchées : Le recul frappe particulièrement le nord et l'est de la France, ainsi que la Haute-Savoie (vallée de l'Arve), très affectée par des cessations d'activité. Les ouvriers non qualifiés sont les premières victimes de cette mutation.

  • Seule lueur d'espoir : Le secteur des batteries est la seule exception où l'emploi progresse.

2. Le cas Forvia : Chronique d'une fermeture annoncée Illustration directe de cette crise, l'équipementier Forvia fermera son usine de Messei (Orne) d'ici le 31 décembre 2026, sacrifiant 109 postes. Cette décision s'inscrit dans un plan de 10 000 licenciements en Europe. L'activité sera délocalisée dans le Doubs, en Espagne et au Portugal. Le site voisin de Caligny, pourtant doté d'un centre de R&D récent, subit également des suppressions de postes.

3. Le paradoxe de la voiture électrique en France Si la France a immatriculé près de 327 000 véhicules 100 % électriques en 2025 (+12,5 %), faisant d'elle un poids lourd européen en volume, la réalité par habitant est tout autre. Avec seulement 490 véhicules électriques pour 100 000 habitants, la France stagne à la 15ème place européenne, très loin derrière la Norvège (3 047) ou le Danemark (2 101). Ce paradoxe s'explique par la contraction globale du marché automobile français et par une perte de pouvoir d'achat face au surcoût de l'électrique.

4. Stellantis siffle la fin du télétravail C'est un virage à 180 degrés pour Stellantis : la direction souhaite le retour de ses salariés en "full présentiel". Après l'Amérique du Nord, l'Europe est ciblée par le projet « Back together we win », justifié par le besoin de cohésion et d'innovation. En France, où plus de 8 000 personnes sont concernées (pour un retour visé à 3 jours par semaine dans un premier temps), les syndicats s'inquiètent déjà des tensions que cela génère sur l'équilibre vie pro/vie perso.

5. Bilans Financiers : Michelin sourit, Mercedes grimace

  • Michelin redresse la barre : malgré un chiffre d'affaires en recul (26 milliards d'euros) et une marge opérationnelle au plus bas depuis 2020 (10,5 %), le pneumaticien a généré une excellente trésorerie (2,1 milliards d'euros). Résultat : le dividende est maintenu et un rachat d'actions de 2 milliards d'euros est lancé.

  • Mercedes souffre : le bénéfice net de la marque à l'étoile a été divisé par deux (5,3 milliards d'euros contre 10,4 milliards en 2024). En cause ? Une chute de près de 30 % de ses ventes en Chine et le démarrage poussif de l'électrique.

6. Technologies : L'Europe en retard sur les robotaxis, Schaeffler mise sur les humanoïdes

  • Véhicules autonomes : Alors que Waymo (USA) et Baidu (Chine) opèrent déjà des milliers de courses en "robotaxis" de niveau 4, l'Europe reste à l'arrêt. La législation européenne impose des normes de sécurité drastiques (le système doit être 100 à 1000 fois meilleur qu'un conducteur humain) et le modèle économique reste introuvable.

  • Robots humanoïdes : L'équipementier allemand Schaeffler détonne en s'associant à Humanoid et Neura Robotics pour intégrer des robots dans ses usines. L'entreprise espère tirer 10 % de ses revenus (soit 3 milliards d'euros) de ce secteur et de la défense d'ici 2035. En Bourse, son action a bondi de 150 % en un an.

     


INTERNATIONAL : Revirements, Crises et Contournements

7. États-Unis : L'abandon de l'électrique et le retour aux fondamentaux

  • Stellantis rejoint Ford et GM : Face à l'essoufflement de la demande et au changement de cap réglementaire américain (gel des normes d'émissions jusqu'en 2032), Stellantis a passé 26 milliards de dollars (22 milliards d'euros) de charges exceptionnelles, tirant un trait sur de nombreux investissements électriques.

  • La revanche de l'entrée de gamme : Avec un prix moyen des véhicules neufs frôlant les 50 000 dollars, les consommateurs américains, étranglés par l'inflation et les taux, abandonnent les finitions premium. Ils se ruent sur les modèles d'entrée de gamme, forçant Ford, Honda ou Toyota à ajuster leur production.

8. Japon : La restructuration sanglante de Nissan et le camouflet de Toyota

  • Nissan dans le rouge vif : Le constructeur anticipe une perte nette de 3,6 milliards d'euros pour 2025-2026. Conséquence : Nissan va fermer 7 usines sur 17 d'ici 2027 et supprimer 20 000 postes. L'entreprise souffre terriblement aux États-Unis (-3,7 %), en Europe (-11,3 %) et au Japon (-20,1 %), même si elle rebondit légèrement en Chine (+12,7 %).

  • Toyota Industries : Les actionnaires minoritaires (soutenus par le fonds activiste Elliott) ont refusé une offre de rachat à 37 milliards de dollars du consortium Toyota, la jugeant largement sous-évaluée.

9. L'offensive Chinoise au Mexique Pénalisés par les droits de douane américains (25 % à 50 %), les géants chinois BYD et Geely (ainsi que le vietnamien VinFast) sont finalistes pour racheter l'usine Nissan/Mercedes d'Aguascalientes au Mexique. Avec une capacité de 230 000 véhicules par an, cette usine servirait de tremplin stratégique pour conquérir l'Amérique latine, tout en évitant les lourdeurs administratives d'une construction neuve.

10. Russie : Le marché gris bat son plein via la Chine Malgré les sanctions occidentales liées à la guerre en Ukraine, des dizaines de milliers de voitures japonaises, coréennes et allemandes continuent d'affluer en Russie. La faille ? Des intermédiaires chinois achètent ces véhicules neufs (souvent produits en Chine par des co-entreprises), les immatriculent brièvement pour les reclassifier en "véhicules d'occasion à kilométrage zéro", et les exportent vers la Russie sans nécessiter l'accord des constructeurs. En 2025, près de la moitié des 130 000 voitures de marques étrangères "sous sanctions" vendues en Russie provenaient de Chine.