🗞️ Le Journal - L'Actu de la Filière Automobile (16 Février 2026)

16 février 2026


Les 3 points marquants de ce début de semaine :

  • Le coup de frein sur le tout-électrique : Face au ralentissement des ventes et à l'évolution des réglementations (notamment aux États-Unis), les constructeurs comme Stellantis, Ford et Renault revoient leurs stratégies en réintroduisant des moteurs thermiques et hybrides.

  • L'hémorragie de l'emploi en France : L'industrie automobile française a perdu un tiers de ses effectifs entre 2010 et 2023, une tendance lourde liée aux délocalisations et à la restructuration de la filière.

  • Le retour du spectre du « Dieselgate » : Volkswagen est renvoyé en correctionnelle en France, tandis qu'une épée de Damoclès judiciaire plane au-dessus de Renault et de Peugeot-Citroën.


## 1. Stratégie industrielle : La marche arrière sur l'électrique

Le marché du véhicule 100 % électrique traverse une zone de turbulences majeures, forçant les constructeurs à adapter d'urgence leur offre.

Le revirement de Stellantis :

  • Le groupe réintroduit des motorisations diesel en Europe sur au moins sept modèles, dont les Peugeot 308, Opel Astra et plusieurs utilitaires, afin de répondre à la demande des clients.

  • Cette décision fait suite à l'annonce de 22 milliards d'euros de charges exceptionnelles pour 2025, liées à des ventes électriques surestimées et au coût de réalignement des plans produits.

  • Stellantis relance également le moteur thermique V8 HEMI aux États-Unis et une version thermique de la Fiat 500 en Europe.

Renault mise sur l'hybride et l'Espagne :

  • Face à ce marché incertain, Renault va introduire une technologie « super-hybride » (avec prolongateur d'autonomie thermique) sur ses futurs modèles familiaux (segments C et D).

  • La production de ces modèles électriques et hybrides (le futur Scenic et le Rafale) sera délocalisée à l'usine de Palencia en Espagne à partir de 2028, s'éloignant ainsi de la promesse du « made in France » pour l'électrique.

Le séisme américain :

  • Aux États-Unis, la politique de l'administration Trump (suppression du bonus de 7 500 dollars et annulation des amendes CO2) met un coup d'arrêt aux investissements électriques.

  • Ford, durement touché, accuse une perte nette de 8,2 milliards de dollars en 2025, incluant une charge exceptionnelle de 19,5 milliards pour restructurer sa branche électrique.


## 2. Emploi et management : Entre coupes sombres et ajustements

Le paysage social de l'automobile subit de profondes mutations, particulièrement sur le territoire français.

  • Une perte d'emplois massive : Une étude de l'Insee révèle que l'industrie automobile française a supprimé 33 % de ses emplois entre 2010 et 2023. Les constructeurs ont réduit leurs effectifs de 35 %, et les équipementiers de 31,5 %, souvent pour suivre la production dans d'autres pays d'Europe ou au Maghreb.

  • Recrutements ciblés chez Stellantis : Après avoir reconnu des coupes excessives dans ses effectifs d'ingénierie sous l'ère Carlos Tavares (impactant la qualité des véhicules), Stellantis prévoit de recruter 700 ingénieurs en France cette année. Par ailleurs, le groupe compte mettre fin au télétravail avec un retour à cinq jours de présence sur site en 2027.

  • Négociations salariales tendues : Chez Stellantis France, la direction propose une augmentation de la masse salariale de 2,1 %, jugée décevante par plusieurs syndicats dans un contexte financier difficile pour l'entreprise.

  • Inquiétudes chez Alpine : L'usine Renault Sport de Viry-Châtillon, qui a déjà perdu la production des moteurs de F1, voit Renault annoncer la fin de ses engagements en rallye-raid (Dakar) et en endurance. Bien qu'aucune suppression d'emploi ne soit annoncée, les syndicats s'inquiètent de la pérennité du site.


## 3. Affaires judiciaires et réglementations

Le Dieselgate refait surface en France :

  • Les juges d'instruction parisiens ont ordonné le renvoi de Volkswagen devant le tribunal correctionnel pour « tromperie ». Le procès, massif, pourrait se tenir en 2027.

  • Cette décision fait peser une lourde menace sur Renault et Peugeot-Citroën, également mis en examen en 2021. Si les constructeurs français clament n'avoir utilisé aucun logiciel truqueur et fustigent un système d'homologation inadapté, le parquet a déjà demandé leur renvoi en correctionnelle en 2025.

Réglementation sur la conduite autonome :

  • En Chine, la Cour populaire suprême a statué que le conducteur d'un véhicule équipé d'une aide à la conduite reste le premier et unique responsable en cas d'accident, fixant ainsi un cadre juridique national strict.


## 4. Alliances et finances mondiales

  • Rachat de Flexis par Renault : En raison de désaccords stratégiques avec Volvo concernant le business plan, Renault serait sur le point de racheter la totalité des parts de leur coentreprise de véhicules utilitaires électriques, Flexis (détenue également par CMA CGM).

  • Nissan rassure les marchés : Le titre du constructeur japonais a bondi de plus de 9 % à la Bourse de Tokyo. L'entreprise a révisé à la baisse sa perte d'exploitation attendue, signe que son lourd plan de restructuration (réduction d'usines et 20 000 suppressions de postes) commence à porter ses fruits.


Conclusion

Cette semaine illustre un point de bascule brutal pour l'industrie automobile. L'utopie d'une transition rapide et globale vers le 100 % électrique se heurte à la réalité économique des consommateurs, aux revirements politiques internationaux, et aux nécessités comptables des constructeurs. En France, cette transition s'accompagne d'une profonde mutation sociale et industrielle, où le maintien de la compétitivité semble primer sur la localisation technologique.