🗞️ Le Journal - L'Actu de la Filière Automobile (23 Février 2026)

23 février 2026


Introduction : Les 3 points marquants du jour

  • Protectionnisme et fragmentation des marchĂ©s : La Commission europĂ©enne Ă©tudie l'imposition d'un seuil de 70 % de contenu local pour subventionner les vĂ©hicules Ă©lectriques, en rĂ©ponse Ă  la domination asiatique. Parallèlement, le marchĂ© mondial se fracture face aux choix technologiques divergents entre l'Europe, la Chine et les États-Unis de Donald Trump, ce dernier imposant une nouvelle surtaxe mondiale de 15 %.

     

  • Des trajectoires constructeurs contrastĂ©es : Si Renault a bien rĂ©sistĂ© en 2025 avec un chiffre d'affaires en hausse, sa rentabilitĂ© s'effrite. De son cĂ´tĂ©, le groupe Volkswagen annonce un plan drastique visant Ă  rĂ©duire ses coĂ»ts de 20 % d'ici 2028 , tandis que les Ă©quipementiers automobiles traversent une crise sĂ©vère avec des suppressions d'emplois massives.

  • Tensions sociales et industrielles : La crise de l'industrie automobile allemande favorise la montĂ©e en puissance de syndicats proches de l'extrĂŞme droite (AfD) dans les usines. En France, un projet d'usine de raffinage de mĂ©taux pour batteries, classĂ© Seveso, suscite la fronde de riverains près de Bordeaux.


Transition Électrique, Réglementations et Géopolitique

  • Le protectionnisme europĂ©en en marche : Bruxelles prĂ©pare une loi (Industrial Accelerator Act) qui exigerait qu'un vĂ©hicule Ă©lectrique intègre au moins 70 % de contenu europĂ©en pour bĂ©nĂ©ficier d'aides publiques.

  • Les Ă©quipementiers automobiles, via la Clepa, rĂ©clament mĂŞme un seuil Ă  75 % pour protĂ©ger 350 000 emplois industriels.

    • Les constructeurs sont divisĂ©s : BMW et Mercedes-Benz redoutent des reprĂ©sailles commerciales de la part de PĂ©kin.
    • Ă€ l'inverse, Renault et Stellantis soutiennent cette dĂ©marche de contenu local, jugĂ©e vitale pour la fabrication des batteries.

  • Un marchĂ© mondial fragmentĂ© : Les stratĂ©gies divergent radicalement.

    • ​La Chine fait de l'Ă©lectrique un pilier industriel incontournable.

    • Les États-Unis tournent le dos Ă  cette technologie au profit des gros moteurs thermiques.

    • Cette fragmentation pĂ©nalise fortement des groupes mondiaux comme Stellantis, dont l'action a chutĂ© en Bourse après l'abandon de certains investissements Ă©lectriques.

    • Aux États-Unis, Donald Trump a dĂ©crĂ©tĂ© une hausse des droits de douane mondiaux Ă  15 %, malgrĂ© l'invalidation d'une partie de sa politique tarifaire par la Cour suprĂŞme.

  • Minerais critiques : L'Inde et le BrĂ©sil ont signĂ© un accord de coopĂ©ration sur les minĂ©raux critiques et les terres rares afin de rĂ©duire leur dĂ©pendance vis-Ă -vis de la Chine.

  • Projet EMME Ă  Bordeaux : Un projet de raffinerie de mĂ©taux (nickel et cobalt) pour batteries Ă©lectriques, d'un investissement de 500 millions d'euros, suscite des oppositions. Les riverains et associations Ă©cologistes dĂ©noncent son implantation en zone inondable, alors que le site sera classĂ© Seveso "seuil haut".

     

Conjoncture et Stratégies des Constructeurs

  • Renault prĂ©serve l'essentiel mais reste prudent : * Le groupe a enregistrĂ© un chiffre d'affaires de 57,9 milliards d'euros en 2025, soit une progression de 3 %.

    • ​La marge opĂ©rationnelle s'est Ă©tablie Ă  6,3 %, en baisse par rapport au record de 7,4 % en 2024.

    • Le rĂ©sultat net plonge dans le rouge (-10,9 milliards d'euros) en raison d'une dĂ©prĂ©ciation comptable liĂ©e Ă  Nissan.

    • Pour 2026, Renault vise une marge plus modeste d'environ 5,5 %.

  • Volkswagen au rĂ©gime sec : Face au ralentissement chinois et aux tensions amĂ©ricaines, la direction du groupe souhaite rĂ©duire de 20 % les coĂ»ts de toutes ses marques d'ici la fin 2028.

  • Mercedes-Benz France mise sur 2026 : * L'annĂ©e 2025 a Ă©tĂ© difficile dans l'Hexagone avec une baisse de 12 % des livraisons (45 000 unitĂ©s), impactĂ©e par la fin des exonĂ©rations fiscales pour les hybrides rechargeables.

    • ​La marque compte rebondir en 2026 avec 17 nouveautĂ©s produits (dont les nouveaux GLB et CLA Ă©lectriques) et un recentrage rĂ©ussi sur le marchĂ© BtoB.

  • Le grand Ă©cart dans le luxe : * Maserati traverse une crise profonde avec des ventes en chute de 30 % en 2025 (7 800 immatriculations), payant une montĂ©e en gamme tarifaire non suivie par les clients.

    • ​À l'inverse, Lamborghini a rĂ©alisĂ© des ventes record (10 747 unitĂ©s) et refuse pour l'instant de passer au 100 % Ă©lectrique, prĂ©fĂ©rant s'appuyer sur des motorisations hybrides rechargeables plĂ©biscitĂ©es par sa clientèle.

Sous-traitance et Climat Social

  • La spirale du dĂ©clin pour les Ă©quipementiers : * La situation financière de la filière française se dĂ©grade : près de 40 % des Ă©quipementiers affichent un rĂ©sultat d'exploitation nĂ©gatif pour 2024.

    • ​Les consĂ©quences sociales sont lourdes : 45 % des entreprises ont supprimĂ© des emplois en France ces douze derniers mois.

    • Face Ă  la baisse des volumes de production et Ă  la concurrence chinoise, 10 % prĂ©voient mĂŞme de fermer un site industriel dans l'Hexagone d'ici six mois.

  • MontĂ©e de l'extrĂŞme droite dans les usines allemandes : * L'organisation syndicale Zentrum, proche du parti d'extrĂŞme droite AfD, compte profiter des prochaines Ă©lections professionnelles pour s'imposer dans les comitĂ©s d'entreprise.

    • ​Elle surfe sur la crise industrielle et les annonces de plans sociaux massifs (Volkswagen, Bosch, ZF) en accusant le syndicat historique IG Metall de complicitĂ© avec les directions sur fond de transition Ă©lectrique.


Conclusion

La journée du 23 février 2026 illustre une industrie automobile en pleine mutation et sous haute tension. L'Europe cherche à bâtir une muraille protectrice autour de son écosystème électrique, tandis que les constructeurs naviguent à vue entre baisses des coûts, adaptation forcée aux réalités politiques mondiales et pression sur les marges. Sur le terrain social, l'heure est à l'inquiétude, tant pour les équipementiers pris en étau que pour les salariés de l'industrie allemande dont le mécontentement se politise fortement.