Introduction : Les 3 points marquants du jour
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Protectionnisme et fragmentation des marchés : La Commission européenne étudie l'imposition d'un seuil de 70 % de contenu local pour subventionner les véhicules électriques, en réponse à la domination asiatique. Parallèlement, le marché mondial se fracture face aux choix technologiques divergents entre l'Europe, la Chine et les États-Unis de Donald Trump, ce dernier imposant une nouvelle surtaxe mondiale de 15 %.
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Des trajectoires constructeurs contrastées : Si Renault a bien résisté en 2025 avec un chiffre d'affaires en hausse, sa rentabilité s'effrite. De son côté, le groupe Volkswagen annonce un plan drastique visant à réduire ses coûts de 20 % d'ici 2028 , tandis que les équipementiers automobiles traversent une crise sévère avec des suppressions d'emplois massives.
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Tensions sociales et industrielles : La crise de l'industrie automobile allemande favorise la montée en puissance de syndicats proches de l'extrême droite (AfD) dans les usines. En France, un projet d'usine de raffinage de métaux pour batteries, classé Seveso, suscite la fronde de riverains près de Bordeaux.
Transition Électrique, Réglementations et Géopolitique
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Le protectionnisme européen en marche : Bruxelles prépare une loi (Industrial Accelerator Act) qui exigerait qu'un véhicule électrique intègre au moins 70 % de contenu européen pour bénéficier d'aides publiques.
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Les équipementiers automobiles, via la Clepa, réclament même un seuil à 75 % pour protéger 350 000 emplois industriels.
- Les constructeurs sont divisés : BMW et Mercedes-Benz redoutent des représailles commerciales de la part de Pékin.
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À l'inverse, Renault et Stellantis soutiennent cette démarche de contenu local, jugée vitale pour la fabrication des batteries.
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Un marché mondial fragmenté : Les stratégies divergent radicalement.
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La Chine fait de l'électrique un pilier industriel incontournable.
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Les États-Unis tournent le dos à cette technologie au profit des gros moteurs thermiques.
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Cette fragmentation pénalise fortement des groupes mondiaux comme Stellantis, dont l'action a chuté en Bourse après l'abandon de certains investissements électriques.
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Aux États-Unis, Donald Trump a décrété une hausse des droits de douane mondiaux à 15 %, malgré l'invalidation d'une partie de sa politique tarifaire par la Cour suprême.
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Minerais critiques : L'Inde et le Brésil ont signé un accord de coopération sur les minéraux critiques et les terres rares afin de réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine.
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Projet EMME à Bordeaux : Un projet de raffinerie de métaux (nickel et cobalt) pour batteries électriques, d'un investissement de 500 millions d'euros, suscite des oppositions. Les riverains et associations écologistes dénoncent son implantation en zone inondable, alors que le site sera classé Seveso "seuil haut".
Conjoncture et Stratégies des Constructeurs
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Renault préserve l'essentiel mais reste prudent : * Le groupe a enregistré un chiffre d'affaires de 57,9 milliards d'euros en 2025, soit une progression de 3 %.
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La marge opérationnelle s'est établie à 6,3 %, en baisse par rapport au record de 7,4 % en 2024.
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Le résultat net plonge dans le rouge (-10,9 milliards d'euros) en raison d'une dépréciation comptable liée à Nissan.
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Pour 2026, Renault vise une marge plus modeste d'environ 5,5 %.
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Volkswagen au régime sec : Face au ralentissement chinois et aux tensions américaines, la direction du groupe souhaite réduire de 20 % les coûts de toutes ses marques d'ici la fin 2028.
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Mercedes-Benz France mise sur 2026 : * L'année 2025 a été difficile dans l'Hexagone avec une baisse de 12 % des livraisons (45 000 unités), impactée par la fin des exonérations fiscales pour les hybrides rechargeables.
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La marque compte rebondir en 2026 avec 17 nouveautés produits (dont les nouveaux GLB et CLA électriques) et un recentrage réussi sur le marché BtoB.
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Le grand écart dans le luxe : * Maserati traverse une crise profonde avec des ventes en chute de 30 % en 2025 (7 800 immatriculations), payant une montée en gamme tarifaire non suivie par les clients.
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À l'inverse, Lamborghini a réalisé des ventes record (10 747 unités) et refuse pour l'instant de passer au 100 % électrique, préférant s'appuyer sur des motorisations hybrides rechargeables plébiscitées par sa clientèle.
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Sous-traitance et Climat Social
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La spirale du déclin pour les équipementiers : * La situation financière de la filière française se dégrade : près de 40 % des équipementiers affichent un résultat d'exploitation négatif pour 2024.
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Les conséquences sociales sont lourdes : 45 % des entreprises ont supprimé des emplois en France ces douze derniers mois.
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Face à la baisse des volumes de production et à la concurrence chinoise, 10 % prévoient même de fermer un site industriel dans l'Hexagone d'ici six mois.
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Montée de l'extrême droite dans les usines allemandes : * L'organisation syndicale Zentrum, proche du parti d'extrême droite AfD, compte profiter des prochaines élections professionnelles pour s'imposer dans les comités d'entreprise.
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Elle surfe sur la crise industrielle et les annonces de plans sociaux massifs (Volkswagen, Bosch, ZF) en accusant le syndicat historique IG Metall de complicité avec les directions sur fond de transition électrique.
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Conclusion
La journée du 23 février 2026 illustre une industrie automobile en pleine mutation et sous haute tension. L'Europe cherche à bâtir une muraille protectrice autour de son écosystème électrique, tandis que les constructeurs naviguent à vue entre baisses des coûts, adaptation forcée aux réalités politiques mondiales et pression sur les marges. Sur le terrain social, l'heure est à l'inquiétude, tant pour les équipementiers pris en étau que pour les salariés de l'industrie allemande dont le mécontentement se politise fortement.