📌 Les 3 points marquants du jour
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Un marché européen en demi-teinte et une transition électrique freinée par les prix : Le marché européen a très légèrement progressé en 2025 (+1,8 %), mais la France accuse un recul sous la barre des 1,7 million d'immatriculations. Si l'électrique atteint 20 % de parts de marché en France, le prix reste un verrou majeur pour les particuliers.
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Tensions géopolitiques et protectionnisme : Le débat sur le « Made in Europe » divise profondément l'industrie allemande face à la concurrence chinoise. En parallèle, le Parlement européen a suspendu l'examen de l'accord commercial avec les États-Unis suite à l'instauration de nouveaux droits de douane de 15 % par Donald Trump.
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L'offensive industrielle mondiale de la Chine : Fuyant un marché intérieur saturé, la Chine exporte massivement ses capacités de production, représentant 29 % des investissements automobiles vers l'étranger en 2025. Les constructeurs chinois ciblent particulièrement le Maroc, l'Indonésie, et lorgnent désormais sur le Mexique pour se rapprocher du marché américain.
Bilan 2025 : Contraction du marché français et mutation des financements
Performances des constructeurs et transition énergétique
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En 2025, le marché européen a crû de 1,8 %, tiré par le groupe Volkswagen (+5,5 %) et le groupe Renault (+5,6 %), tandis que Stellantis a reculé de 4,7 %.
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Le marché français, en souffrance, a chuté de 5,02 %.
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Malgré ce contexte, le véhicule 100 % électrique a atteint 20 % de parts de marché en France.
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Toutefois, l'indicateur de bascule vers l'électrique pour les particuliers stagne à 4,9/10, près d'un non-acheteur sur deux citant le prix comme premier frein.
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Du côté des entreprises, le marché BtoB représente plus de 40 % des volumes de Stellantis en Europe, où les valeurs résiduelles des véhicules électriques commencent à se normaliser.
Réglementation : Bouleversement pour la LOA
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Dès le 20 novembre 2026, la Location avec Option d'Achat (LOA) sera soumise à la nouvelle directive européenne sur le crédit à la consommation.
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Les contrats devront obligatoirement afficher un Taux Annuel Effectif Global (TAEG), inclure un délai de rétractation généralisé de 14 jours et faciliter le rachat anticipé.
Échiquier géopolitique : L'Europe tiraillée et la Chine conquérante
Le « Made in Europe » divise l'Allemagne
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L'intégration de critères de contenu local (pouvant aller jusqu'à 70 % pour les véhicules électriques) pour l'obtention de subventions publiques européennes crée une brèche outre-Rhin.
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Si Bosch et Volkswagen se montrent ouverts à ces mesures pour contrer la concurrence chinoise, la fédération du secteur (VDA) s'y oppose fermement par crainte de mesures de rétorsion de la part de Pékin.
Blocage commercial entre l'Union européenne et les États-Unis
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Le Parlement européen a suspendu la ratification de l'accord commercial conclu l'an passé avec les États-Unis.
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Cette décision fait suite à une décision de la Cour suprême américaine et à l'annonce par Donald Trump d'un droit de douane global de 15 % sur toutes les importations.
Déploiement industriel massif de la Chine
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Les investissements industriels mondiaux ont bondi de 32 % en 2025, mais ceux dédiés à l'automobile ont touché leur point le plus bas depuis 2016.
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Dans ce paysage, la Chine exporte agressivement ses capitaux : 80 % de ses investissements industriels se font désormais à l'étranger.
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Le Maroc et l'Indonésie sont les grands bénéficiaires de ces flux pour l'industrie automobile.
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Par ailleurs, des constructeurs chinois comme BYD et Geely sont en lice pour racheter l'usine mexicaine d'Aguascalientes (actuellement exploitée par Nissan et Mercedes-Benz) dans l'espoir de pénétrer le marché américain.
Mouvements industriels, emploi et stratégies des acteurs
Ancrage industriel et expansion en France et aux États-Unis
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Renault a pris le contrôle total de la co-entreprise Flexis (camionnettes électriques), rachetant les parts de Volvo et CMA CGM, et confirme la production du Trafic Van E-Tech à l'usine de Sandouville d'ici fin 2026.
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L'équipementier rhodanien OPmobility a signé un contrat majeur aux États-Unis pour fournir plus d'un million de packs batteries, nécessitant l'extension de son usine en Caroline du Sud.
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Le distributeur indépendant Debard Automobiles investit 80 millions d'euros pour ouvrir huit nouvelles agences physiques en France et créer 120 emplois.
Stratégies produits et restructurations
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Aux États-Unis, le constructeur de véhicules électriques haut de gamme Lucid Motors, en difficulté financière, a annoncé la suppression de 12 % de ses effectifs mondiaux (environ 800 postes), épargnant toutefois les équipes de production.
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En Inde, Suzuki tente de démocratiser le véhicule électrique avec le lancement de l'eVitara, en proposant la batterie en location au kilomètre pour abaisser le coût d'achat.
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Face à la demande des passionnés, Stellantis accorde un sursis jusqu'en 2027 à ses modèles thermiques Alfa Romeo Giulia et Stelvio Quadrifoglio, équipés de moteurs V6.
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Enfin, l'Europe va réglementer les sons artificiels de moteurs émis à l'extérieur par certains véhicules électriques sportifs (systèmes d'amélioration du son extérieur) ; ces dispositifs devront désormais être activés manuellement par le conducteur.
Perspectives
L'année 2025 confirme une reconfiguration brutale de la filière. D'un côté, l'industrie européenne doit défendre sa compétitivité face à une concurrence chinoise qui, saturée sur son marché domestique, s'installe physiquement aux portes de l'Europe (Maroc, Hongrie) et des États-Unis (Mexique). De l'autre, la transition électrique, bien qu'entamée, se heurte au mur du pouvoir d'achat des ménages, obligeant les constructeurs et législateurs à repenser les modèles de financement (LOA, leasing de batteries). La défense de l'ancrage industriel, illustrée par le projet Flexis à Sandouville, restera un enjeu syndical et politique majeur pour les mois à venir.