Revue de Presse Automobile FO - 25 Février 2026
Les points marquants du jour :
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Souveraineté technologique en marche : Renault (via Ampere) s'allie à la pépite espagnole Basquevolt pour développer des batteries à l'état solide, une étape cruciale pour briser l'hégémonie asiatique et redessiner l'avenir industriel européen.
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Le raz-de-marée chinois s'intensifie en Europe : Les constructeurs asiatiques bouleversent les marchés nationaux, provoquant de lourdes pertes d'emplois en Allemagne et une redéfinition totale de la concurrence au Royaume-Uni.
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Tensions politiques et adaptations sociales : L'Europe se déchire sur l'instauration d'un "made in Europe" protecteur , tandis qu'en France, FO signe un accord salarial chez Stellantis au moment où la filière traverse de profondes restructurations.
1. Politique Industrielle, Dialogue Social et Souveraineté Technologique
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L'espoir des batteries solides (Partenariat Ampere / Basquevolt) : L'association entre Ampere (la division électrique de Renault) et la startup espagnole Basquevolt s'impose comme un dossier stratégique majeur. Face à la domination de CATL ou LG, l'Europe tente de structurer son "Airbus des batteries". Basquevolt, basée à Vitoria-Gasteiz, développe une technologie de batterie à état solide (Lithium-Métal) considérée comme le "Saint Graal". Elle offre une densité énergétique augmentée de 30 à 50 %, une sécurité accrue (sans électrolyte liquide inflammable) et des coûts de production réduits. Pour Luca de Meo, l'enjeu est de maîtriser la chimie pour démocratiser l'électrique : les futures R5 et Twingo Legend pourraient atteindre 500 à 600 km d'autonomie. Des lignes de pré-série testeront ces batteries fin 2026, avec l'espoir de voir d'ici 2028 des véhicules capables de se recharger en 10 minutes pour 800 km d'autonomie.
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L'Europe divisée sur le protectionnisme : Le projet de loi européen sur l'accélération industrielle, censé protéger l'industrie face à la concurrence chinoise , a été repoussé au 4 mars faute de consensus. Ce texte ambitieux prévoirait d'exiger jusqu'à 70 % de contenu européen pour les véhicules électriques subventionnés.
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Accord salarial chez Stellantis France : À l'issue des négociations, quatre syndicats (FO, CFTC, CFE-CGC et CFDT) ont signé l'accord salarial prévoyant une augmentation de 2,1 % de la masse salariale pour 2025. La CGT a refusé de signer, jugeant les augmentations générales trop faibles.
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Les défis du "Made in France" électrique : Bien que l'électrique représente 20 % des ventes neuves en France , 72 % de ces véhicules sont importés. La filière fait face à des difficultés industrielles, à l'image de l'usine ACC de Douvrin qui peine à produire ses batteries , nécessitant l'aide d'experts chinois.
2. L'Offensive Chinoise et la Recomposition du Marché Européen
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L'Allemagne lourdement touchée : L'industrie allemande subit de plein fouet le basculement du marché. Face aux surcapacités chinoises , le secteur automobile outre-Rhin a perdu 111 000 emplois depuis 2019.
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Vitesse d'implantation inédite au Royaume-Uni : Les marques chinoises s'installent à un rythme fulgurant , faisant passer le nombre de marques sur le marché britannique de 45 en 2020 à 75 aujourd'hui. BYD et Chery ont vu leur part de marché passer de moins de 1 % à plus de 5 % en quelques mois , entraînant un effondrement de la fidélité client historique.
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Stratégie d'encerclement par Chery : Le constructeur chinois Chery a établi son centre de R&D européen à Raunheim en Allemagne pour adapter ses marques Jaecoo et Omoda aux goûts locaux. Les véhicules arrivent en kit (CKD) depuis la Chine pour être assemblés en Espagne , contournant ainsi certaines barrières tout en maintenant des prix agressifs.
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BYD double Tesla en Europe : En janvier 2026, BYD a vu sa part de marché doubler à 1,9 % , avec des ventes en hausse de 165 %. À l'inverse, Tesla enregistre une chute de 17 % de ses ventes sur le Vieux Continent pour le treizième mois consécutif.
3. Stratégies des Constructeurs et Équipementiers
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Sécurité des batteries chez Stellantis : Le groupe a inauguré un "Battery Safety Lab" de 7 millions d'euros dans le Doubs. Cette infrastructure unique au monde permet de tester en interne la résistance des batteries aux incendies et emballements thermiques.
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Renault exporte sa R5 : La R5 électrique part à la conquête des marchés hors Europe. Déjà présente en Turquie et bientôt au Maroc , la marque envisage à terme une production en dehors du Vieux Continent pour rester compétitive face aux coûts d'exportation.
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Forvia dans la tourmente : L'équipementier a annoncé une perte nette de 2,1 milliards d'euros pour 2025. Plombé par 6 milliards d'euros de dettes, le groupe va se recentrer en vendant son pôle "Intérieurs" , une cession qui devrait entraîner un changement de taille majeur.
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Croissance de Debard Automobiles : Le négociant et mandataire tarnais poursuit son maillage territorial avec l'ouverture prévue de 8 nouvelles agences d'ici 2027, créant environ 120 emplois.
4. Géopolitique et Marchés Mondiaux
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Blocus chinois sur les terres rares : Dans un contexte de tensions avec Tokyo, Pékin a interdit l'exportation de métaux critiques à double usage (civil et militaire) vers 20 entreprises japonaises. Cette mesure prive ces industriels de terres rares (dysprosium, terbium, etc.) essentielles à l'automobile.
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L'Éthiopie réussit son pari électrique : Premier pays à avoir interdit les véhicules thermiques neufs, l'Éthiopie voit sa transition s'accélérer. Grâce à son nouveau méga-barrage, le pays compte déjà 115 000 voitures électriques en circulation (8 % du parc).
En conclusion : L'industrie automobile européenne se trouve à un point de bascule critique. D'un côté, la violente offensive commerciale asiatique détruit des emplois industriels historiques (notamment en Allemagne) et force des restructurations lourdes chez nos équipementiers comme Forvia. De l'autre, des lueurs d'espoir technologiques émergent, incarnées par l'alliance Ampere-Basquevolt sur les batteries solides. Le salut de la filière et la préservation de nos emplois passeront indéniablement par cette reconquête technologique couplée à un véritable bouclier industriel européen. Plus que jamais, le dialogue social devra être le garant d'une transition juste pour les travailleurs de l'automobile.