🗞️ Le Journal - L'Actu de la Filière Automobile (04 Mars 2026)

04 mars 2026


📌 Les 3 points marquants du jour

  • Le grand écart de Stellantis : Le groupe annonce une perte nette historique de 22,3 milliards d'euros pour l'année 2025 , tout en conservant pour la troisième année consécutive sa position de premier déposant de brevets en France.

  • Chute sévère du marché français : Les immatriculations de voitures neuves ont plongé de 14,7 % en février 2026, marquant un début d'année particulièrement difficile pour les constructeurs nationaux.

  • Guerre des métaux critiques : Face au monopole chinois sur les terres rares et au gel des exportations de lithium par le Zimbabwe , les nations occidentales et l'Europe tentent d'organiser leur souveraineté industrielle.


I. Résultats Financiers et Stratégies Industrielles

  • Stellantis dans la tourmente financière : Le constructeur a publié des résultats annuels qualifiés d'exécrables pour 2025, avec une perte nette s'élevant à 22,3 milliards d'euros. Il s'agit du deuxième plus mauvais résultat de l'histoire du CAC 40. Cette chute abyssale est principalement due à une provision exceptionnelle de 25,4 milliards d'euros liée à une surestimation de la transition énergétique et à l'évolution des réglementations américaines. Le chiffre d'affaires recule quant à lui de 2,1 %.

  • Renault prépare l'avenir : À l'inverse, le groupe au losange s'apprête à dévoiler le 10 mars son nouveau plan stratégique baptisé « futuREady ». Ce plan donnera la priorité à l'innovation et à l'excellence opérationnelle pour répondre aux bouleversements de l'industrie. Renault maintient des objectifs ambitieux avec une cible de marge opérationnelle de 5 % à 7 % à moyen terme.

  • Reprise potentielle pour Michelin à Cholet : Suite à l'annonce de la fermeture du site en novembre 2024, le groupe vendéen Briand, spécialiste de la construction métallique, a confirmé mener une étude de faisabilité pour une éventuelle reprise d'une partie des 40 hectares du site.

  • Schaeffler cherche la parade : Face à la crise automobile, l'équipementier allemand accuse une perte de 424 millions d'euros l'an dernier et prévoit de supprimer 4 700 postes d'ici 2028. Pour se relancer, l'entreprise mise sur une diversification audacieuse vers les robots humanoïdes, la défense et le spatial.

II. Dynamique du Marché Français

  • Le marché du véhicule neuf en chute libre : Février 2026 s'est soldé par une baisse de 14,7 % des immatriculations de voitures particulières, totalisant 120 770 unités. Les leaders français accusent le coup : Peugeot recule de 20,7 % et Renault de 16,5 %.

  • Citroën et les outsiders en progression : Seule marque française majeure à surnager, Citroën enregistre une légère hausse de 0,9 % de ses livraisons, se rapprochant des 10 % de parts de marché. D'autres constructeurs profitent de ce mois complexe, notamment Tesla (+55,1 %), Opel (+51,1 %) et Fiat (+52,6 %).

  • Léger sursaut pour les utilitaires : Contrairement aux véhicules particuliers, le marché des véhicules utilitaires légers (VUL) a connu une progression de 2,3 % en février, avec 28 870 immatriculations. Cette hausse est principalement portée par Fiat, Volkswagen et Renault.

III. Enjeux Géopolitiques et Chaîne d'Approvisionnement

  • Le protectionnisme européen en marche : L'Union européenne planche sur un projet « Made in EU » (Industrial Accelerator Act) qui exigerait qu'un véhicule électrique soit composé à 70 % de pièces fabriquées dans l'UE (hors batterie) pour être éligible aux subventions. Cette mesure suscite des craintes de représailles commerciales, notamment en Allemagne.

  • Alliance stratégique contre la Chine : Pour contrer la domination chinoise qui assure 90 % du raffinage des terres rares, la France propose la création d'un « club de confiance » au sein du G7. L'objectif est d'augmenter les capacités de raffinage occidentales et d'instaurer des normes communes, voire des droits de douane protecteurs.

  • Alerte sur le lithium africain : Le Zimbabwe, premier exportateur africain de lithium (10 % de la production mondiale), a suspendu l'exportation de ce minerai brut pour forcer sa transformation locale. Cette décision a fait bondir les cours du carbonate de lithium de 5,4 % en Chine, menaçant la rentabilité des futurs véhicules électriques à bas coût.

  • L'Algérie investit massivement : La Sonatrach a annoncé un plan d'investissement de 51,6 milliards d'euros (2026-2030). L'entreprise souhaite développer l'exploration et réduire ses importations grâce à la pétrochimie locale, tout en entamant sa transition énergétique (réduction du méthane, hydrogène vert).

IV. Innovations et Nouvelles Technologies

  • Stellantis, moteur de R&D : Malgré ses difficultés financières, le groupe a déposé 1 294 brevets en France en 2025. L'innovation porte notamment sur le volant rectangulaire "Hypersquare", les batteries sans lithium (sodium-ion) ou solides, et le développement poussé de robotaxis (conduite autonome de niveau 4).

  • BYD déploie ses superchargeurs : Le constructeur chinois accélère en France avec le déploiement prévu de 300 stations de recharge ultra-rapide (1 000 kW) d'ici 2026. Ces bornes promettent de récupérer 400 kilomètres d'autonomie en seulement cinq minutes pour les modèles compatibles.

  • Mise à jour massive pour Volvo : Le constructeur suédois lance sa plus grande mise à jour logicielle à distance (OTA), modifiant l'interface de 2,5 millions de véhicules dans le monde pour simplifier l'accès aux fonctions clés.

  • STMicroelectronics pivote vers l'IA : Pour pallier la faiblesse des marchés automobile et smartphone, le fabricant franco-italien de semi-conducteurs mise sur l'alimentation électrique des serveurs d'intelligence artificielle, qui nécessitent des architectures à 800 volts.


Conclusion et Perspectives

La filière automobile navigue aujourd'hui dans une zone de fortes turbulences, tiraillée entre la nécessité vitale d'investir dans les technologies de demain (batteries de nouvelle génération, IA, robotaxis) et des marchés qui se contractent. Le choc des résultats de Stellantis et la chute des ventes en France illustrent une transition énergétique dont le coût s'avère plus rude que prévu. Parallèlement, le secteur se mondialise sous un prisme de plus en plus géopolitique : la sécurisation des chaînes d'approvisionnement et le rapatriement de la valeur ajoutée (initiatives européennes, alliances du G7, mesures au Zimbabwe) redessineront l'industrie automobile de la fin de la décennie.