Introduction : Les 3 points marquants du jour
-
Le séisme Stellantis : Le groupe devrait annoncer une perte historique avoisinant les 22 milliards d'euros pour 2025, conséquence directe d'un revirement stratégique face au ralentissement de l'électrique, notamment aux États-Unis.
-
L'offensive chinoise s'organise aux portes de l'Europe : Pour contourner les barrières douanières, les industriels chinois investissent massivement au Maroc, y implantant notamment la première gigafactory africaine de batteries.
-
Le pragmatisme l'emporte sur la conduite autonome : Face aux coûts et aux limites techniques, des acteurs majeurs comme BMW, Mercedes et Stellantis abandonnent le niveau 3 d'autonomie pour se concentrer sur un niveau 2+ plus abordable et polyvalent.
I. Résultats financiers et stratégies : Le grand écart
La restructuration douloureuse de Stellantis et la crise du luxe Le marché européen de l'automobile débute l'année 2026 dans le rouge avec une baisse de 3,9 % des immatriculations en janvier. Dans ce contexte, Stellantis s'apprête à publier des comptes 2025 marqués par une perte estimée à 22,4 milliards d'euros. Cette provision colossale servira à financer l'arrêt de la production de certains modèles électriques et de projets d'usines de batteries, le groupe réorientant 13 milliards d'investissements vers les véhicules thermiques aux États-Unis.
Les constructeurs de luxe britanniques souffrent également : Aston Martin se sépare de 20 % de ses effectifs face à une chute de 21 % de son chiffre d'affaires et des pertes grandissantes. Le PDG pointe notamment du doigt l'impact des droits de douane américains. À l'inverse, Lamborghini maintient le cap : fort de ventes records, le constructeur annonce que son futur modèle prévu pour 2030 sera hybride rechargeable, et non 100 % électrique, répondant ainsi aux attentes de sa clientèle.
L'équipementier OPmobility affiche sa résilience Malgré un marché sous tension, l'équipementier français OPmobility (ex-Plastic Omnium) annonce un bénéfice net en hausse de 8,9 % pour 2025. Dirigé par Félicie Burelle, récemment confirmée à son poste, le groupe poursuit son offensive internationale, notamment aux États-Unis, et prévoit de racheter la division éclairage du sud-coréen Hyundai Mobis.
II. Transition électrique et chaîne d'approvisionnement mondiale
Les constructeurs européens face au défi technologique et chinois Alors que la part de marché des véhicules électriques atteint 19,3 % en Europe , le retard de l'industrie européenne face aux constructeurs chinois (BYD, Geely, SAIC) suscite l'inquiétude. Pour rattraper ce retard technologique, Ampere (filiale électrique de Renault) a signé un partenariat stratégique avec la société espagnole Basquevolt. L'objectif est de développer des batteries lithium-métal, offrant une meilleure densité énergétique et permettant de réduire de 30 % les investissements nécessaires dans les gigafactories.
Guerre des ressources et contournement douanier La géopolitique des matières premières s'intensifie. Au Zimbabwe, premier producteur africain de lithium, le gouvernement contraint les sociétés minières chinoises à construire des usines de raffinage sur place pour créer de la valeur ajoutée. En Asie, la Chine utilise son quasi-monopole sur les terres rares pour faire pression sur le Japon, en bloquant l'exportation de produits à double usage en représailles à des déclarations politiques sur Taïwan.
Parallèlement, le Maroc s'impose comme une base arrière stratégique pour les industriels chinois. Grâce à son accord de libre-échange avec l'UE, le royaume attire des investissements massifs, dont la future gigafactory de Gotion High-Tech, permettant aux industriels asiatiques de fournir les constructeurs européens tout en esquivant les barrières douanières.
III. Mobilités et conduite autonome : Un marché à deux vitesses
Les robotaxis progressent, les constructeurs traditionnels temporisent Pendant que Wayve, champion britannique de l'IA pour véhicules autonomes, lève 1,2 milliard de dollars (portant sa valorisation à 8,6 milliards) pour déployer ses robotaxis avec Uber, les constructeurs traditionnels revoient leurs ambitions à la baisse.
BMW, Mercedes-Benz et Stellantis renoncent à la conduite semi-autonome de niveau 3. Les raisons ? Des systèmes jugés trop coûteux, complexes, nécessitant des capteurs Lidar onéreux, et dont l'usage est bridé à 60 km/h sur quelques tronçons spécifiques. Ces marques misent désormais sur des systèmes de niveau 2+, actifs sur tout le réseau et jusqu'à 130 km/h, offrant un compromis plus pragmatique et moins cher pour les clients.
Le convoyage s'exporte Sur le secteur de la logistique automobile, les plateformes de convoyage comme Hiflow, Driiveme et Onlogist compensent la frilosité du marché français par une forte expansion européenne (Espagne, Belgique, Italie, Royaume-Uni) et le développement d'outils digitaux pour accélérer les livraisons.
Conclusion
L'industrie automobile mondiale traverse une période de turbulences où le pragmatisme reprend le dessus sur les promesses initiales. Les ajustements sévères de Stellantis sur l'électrique et le recul des constructeurs sur la conduite autonome de niveau 3 démontrent une nécessité d'adaptation rapide aux réalités économiques et technologiques. Face à une concurrence chinoise qui se structure aux portes de l'Europe, la souveraineté technologique (via de nouvelles chimies de batteries) et l'agilité logistique seront les maîtres mots des prochains mois pour la filière.


